Portrait d'Anaïs

27/06/2023

« Sur scène, comme dans la vie, on a tous un rôle à jouer »

Au quotidien, Anaïs, 18 ans, se dit « très timide et réservée ». Et pourtant, dès qu'elle monte sur scène, c'est une explosion de force et de puissance. « C'est paradoxal ! », s'exclame-t-elle. « Je ne sais pas si le théâtre m'a aidée face à mes défis quotidiens, mais il m'a permis de comprendre qu'on a tous un rôle à jouer : il faut oser être acteur de sa vie et se lancer ». Portrait d'une passionnée des planches, qui a notamment joué « Enjeu » de Stéphanie Mangez lors de La scène aux ados.

Par Laurent Ancion

Et si les plus grandes histoires d'amour commençaient par un saut dans l'inconnu ? « Quand j'avais dix ans, ma mère m'a proposé de suivre un stage de théâtre. Pour être franche, je ne connaissais pas du tout et ça ne m'intéressait pas. Mais je me suis dit : 'Pourquoi ne pas essayer ?' » La petite Anaïs a choisi de « sauter dans la piscine » et s'est transformée en poisson dans l'eau. « On avait dû faire des exercices d'improvisation, puis on les a repris sur scène devant les parents le dernier jour. Ça a été un coup de foudre. J'ai découvert à ma grande surprise que j'adorais jouer ! »

Bille en tête, Anaïs s'inscrit au cours de théâtre à l'Académie de Woluwe-Saint-Pierre, où elle se régale de la passion de sa professeure, Françoise Mignon. En secondaire, à l'Athénée Royal d'Auderghem, elle choisit sans hésiter l'option Arts d'expression, où elle se frotte notamment à « La scène aux ados », menée par IThAC, avec son professeur Guy Bertholomé. « C'est paradoxal de me sentir aussi bien en scène, alors que je suis quelqu'un de très timide et réservée », observe Anaïs, aujourd'hui en rhéto. « Dans la vie de tous les jours, je ne cherche jamais à me mettre en avant – au contraire. Mais au théâtre, je m'exprime beaucoup plus facilement. »

Anaïs dans « Art », de Yasmina Reza, sur la scène des « Folies théâtrales » de l'Athénée Royal d'Auderghem, en avril 2022.

Un paradoxe, vraiment ? Anaïs devine une des clés de ce mystère. « Comme je suis très sensible au quotidien, même hypersensible pourrait-on dire, je pense que je me reconnais dans les émotions que traversent les personnages. Je me mets plus facilement dans des états forts. Je connais ces ressentis, ils ne m'effraient pas et j'y puise l'inspiration pour les donner à voir. » Anaïs se souvient ainsi qu'en 3e secondaire, en travaillant sur la pièce « Enjeu » de Stéphanie Mangez, elle a eu l'idée de proposer un personnage très angoissé, qui collait parfaitement à une des scènes. « Je pense que construire le rôle d'un personnage très anxieux, angoissé socialement, est possible pour moi parce qu'il est comme une caricature de moi-même, exposant mille ! Ce qui est un challenge dans la vie devient en fait un espace de jeu. »

Un paradoxe, vraiment ? Anaïs devine une des clés de ce mystère. « Comme je suis très sensible au quotidien, même hypersensible pourrait-on dire, je pense que je me reconnais dans les émotions que traversent les personnages. Je me mets plus facilement dans des états forts. Je connais ces ressentis, ils ne m'effraient pas et j'y puise l'inspiration pour les donner à voir. » Anaïs se souvient ainsi qu'en 3e secondaire, en travaillant sur la pièce « Enjeu » de Stéphanie Mangez, elle a eu l'idée de proposer un personnage très angoissé, qui collait parfaitement à une des scènes. « Je pense que construire le rôle d'un personnage très anxieux, angoissé socialement, est possible pour moi parce qu'il est comme une caricature de moi-même, exposant mille ! Ce qui est un challenge dans la vie devient en fait un espace de jeu. »

L'art est partout dans sa famille, même si ses parents n'en ont pas fait leur métier. La maman d'Anaïs, directrice d'agence, « connaît tous les classiques. Tu lui parles d'un livre, c'est sûr qu'elle l'a lu ! ». Son papa, informaticien, écrit des chansons. Anaïs a toujours apprécié prendre la plume. « J'aime beaucoup les mots. J'écris de tout, des poèmes, des nouvelles, parfois des histoires plus longues. Ça dépend de mon humeur. » Plus tard, elle se verrait bien lier ses deux passions, planches et plume : « Écrire pour le théâtre, ça me dirait bien ! On verra. »

Elle qui a fait le grand saut à dix ans, que dirait-elle à un jeune qui est tenté par la scène ? « Je dirais que le théâtre, c'est un monde nouveau qui peut s'ouvrir à lui. Un autre univers qui lui donnera accès à d'autres personnages, lui permettra de mieux se comprendre et de se créer des liens pour la vie avec des amis. Je me demande si, dans la vie, on n'est pas tous acteurs ou spectateurs de notre monde. Le théâtre permet de mieux comprendre cela. On a parfois peur de se mettre en avant. Mais sur scène, comme dans la vie de tous les jours, on a tous un rôle à jouer. Il faut oser être acteur de sa vie et se lancer. » Parole d'un poisson dans l'eau !